Deux caractéristiques fondamentales définissent les programmes d'entraînement des nageurs compétitifs de haut niveau : la périodisation du volume et de l'intensité d'entraînement, ainsi que la transition stratégique de l'entraînement vers la compétition. Un programme d'entraînement périodisé et incluant un affûtage optimal repose sur le principe essentiel de surcharge, récupération et pic de performance.
Ce principe constitue la base même de la préparation des programmes d'entraînement en natation, avec pour objectif l'augmentation constante du niveau de performance compétitive. Comprendre et appliquer correctement ces concepts peut faire la différence entre un nageur performant et un champion.
Le Principe Fondamental : Surcharge, Récupération, Pic de Forme
Le Cycle Adaptation-Performance
Un principe fondamental de la préparation des athlètes établit que la périodisation et l'affûtage s'appliquent de manière égale à tous les différents aspects de la condition physique : endurance, vitesse, force, flexibilité et puissance. Cette approche holistique garantit le développement harmonieux de l'athlète.
Le programme d'entraînement doit fournir une surcharge, un stimulus suffisant pour forcer le corps à s'adapter à un niveau de stress jamais rencontré auparavant. Cette surcharge représente le moteur de l'adaptation physiologique. Sans stress adéquat, le corps n'a aucune raison de s'améliorer.
La Fenêtre de Surcompensation
Après une application suffisante du stimulus, tant en termes de magnitude que de fréquence, une période de récupération et de régénération permettra à la fatigue résiduelle de se dissiper. Si les processus de surcharge et de récupération sont gérés correctement, une période de surcompensation se produira, élevant ainsi la performance à un niveau supérieur pour les compétitions importantes (1).
Cette fenêtre de surcompensation ne dure généralement que 7 à 14 jours selon les individus et le type d'entraînement. La programmation précise des compétitions majeures dans cette fenêtre optimale constitue l'art du coaching de haut niveau.

Définir la Périodisation : Division Stratégique de l'Année
Concept et Philosophie
La périodisation peut être définie comme la division du plan d'entraînement annuel en phases plus petites et plus gérables. Cette approche permet à un aspect de la condition physique d'être au centre de l'entraînement, tout en maintenant le développement des autres aspects. En essence, un programme d'entraînement périodisé reflète véritablement l'organisation et la méthodologie systématique de l'entraîneur (2).
La périodisation n'est pas un concept nouveau. Ses racines remontent aux théories de l'entraîneur soviétique Lev Matveyev dans les années 1960, mais son application à la natation moderne a été considérablement raffinée grâce aux recherches physiologiques contemporaines.
Les Structures Temporelles de Périodisation
Le Macrocycle (Cycle Annuel)
Représente l'année complète d'entraînement, généralement divisée en une à trois saisons compétitives selon le calendrier. Pour les nageurs internationaux, la structure typique comprend :
- Période de préparation générale : 12-16 semaines
- Période de préparation spécifique : 8-12 semaines
- Période pré-compétitive : 4-6 semaines
- Période compétitive : 2-4 semaines
- Période de transition (récupération active) : 2-4 semaines
Le Mésocycle (Cycle Mensuel)
Bloc d'entraînement de 3 à 6 semaines ciblant un objectif physiologique spécifique. Chaque mésocycle contient généralement 2 à 3 semaines de charge progressive suivies d'une semaine de récupération relative. Les mésocycles typiques incluent :
- Mésocycle de capacité aérobie (développement de base)
- Mésocycle de puissance aérobie (intensification)
- Mésocycle de tolérance lactique (spécificité anaérobie)
- Mésocycle de vitesse-puissance (spécificité de course)
- Mésocycle d'affûtage (optimisation pré-compétitive)
Le Microcycle (Cycle Hebdomadaire)
Unité de base de la planification, généralement d'une semaine. La structure typique alterne jours de charge élevée, moyenne et faible pour optimiser le rapport stimulus-récupération. Un microcycle classique pour nageur d'élite pourrait être :
- Lundi : Charge élevée (technique + endurance)
- Mardi : Charge élevée (vitesse + puissance)
- Mercredi : Charge moyenne (endurance + récupération)
- Jeudi : Charge élevée (spécifique course + lactique)
- Vendredi : Charge faible (technique + vitesse)
- Samedi : Charge moyenne (tests ou compétition)
- Dimanche : Récupération active ou repos complet
Les Dix Raisons Physiologiques de Périodiser
D'un point de vue physiologique, plusieurs raisons justifient un programme d'entraînement périodisé et équilibré menant aux compétitions majeures :
1. Charge d'Entraînement Supérieure Sans Fatigue Excessive
La périodisation permet d'accumuler un volume d'entraînement total plus important sur l'année sans induire de syndrome de surentraînement. En alternant les phases de développement de différentes qualités physiques, le corps peut absorber des charges que l'entraînement monotone ne permettrait pas. Des études montrent que les nageurs suivant une périodisation bien structurée peuvent tolérer 15 à 25% de volume supplémentaire par rapport à une approche linéaire (3).
2. Récupération et Régénération Accélérées
L'alternance planifiée des contenus d'entraînement et des intensités permet une récupération plus efficace des différents systèmes physiologiques. Pendant qu'un système est sollicité intensément, les autres récupèrent. Cette récupération sélective optimise l'adaptation globale et réduit l'accumulation de fatigue chronique (4).
Les marqueurs biochimiques comme le cortisol salivaire, la créatine kinase et les immunoglobulines montrent des profils plus sains chez les athlètes périodisés comparés à ceux suivant des programmes linéaires.
3. Maintien des Performances Proches du Maximum Sur Longue Période
Contrairement à l'entraînement linéaire qui produit souvent un pic unique suivi d'un déclin, la périodisation ondulante permet de maintenir les performances à un niveau élevé pendant plusieurs semaines ou mois. Cette capacité est cruciale pour les nageurs devant performer lors de sélections nationales puis de championnats internationaux espacés de 4 à 8 semaines (5).
4. Pic de Forme Optimal Pour la Compétition Majeure
La périodisation structure l'entraînement de manière à ce que tous les systèmes physiologiques atteignent simultanément leur pic au moment précis de la compétition cible. Cette synchronisation complexe nécessite une planification minutieuse remontant à plusieurs mois. Les nageurs olympiques commencent généralement leur périodisation spécifique 36 à 40 semaines avant les Jeux (6).
5. Maintien du Niveau de Forme de Base Sur Longue Période
Même durant les phases de préparation générale ou les périodes de volume réduit, la périodisation assure le maintien d'un niveau minimal de toutes les qualités physiques. Ce principe de "maintien minimal" évite la désentraînement complet d'une qualité pendant qu'une autre est développée. Par exemple, durant une phase de développement aérobie, on maintient 10 à 15% du volume en travail de vitesse pure (7).
6. Spécificité Accrue Pour les Épreuves Individuelles
La périodisation permet de progresser graduellement de l'entraînement général vers le spécifique. Plus la compétition approche, plus l'entraînement ressemble à l'épreuve cible en termes de distance, d'intensité, de durée d'effort et de récupération. Cette spécificité progressive optimise l'adaptation neuromusculaire et métabolique pour la performance en compétition (8).
Un nageur de 200m nage libre progressera ainsi :
- Phase générale : 60% endurance aérobie, 40% mixte
- Phase spécifique : 40% endurance, 40% seuil-lactique, 20% spécifique course
- Phase pré-compétitive : 20% endurance, 30% seuil, 50% spécifique course et vitesse
7. Processus d'Affûtage et Surcompensation Plus Efficace
Un programme périodisé crée les conditions optimales pour un affûtage efficace. Le corps "préparé" par des mois de surcharge progressive répond plus favorablement à la réduction de volume qu'un corps entraîné de manière chaotique. Les gains de performance durant l'affûtage sont 40 à 60% supérieurs chez les nageurs ayant suivi une périodisation rigoureuse (9).
8. Adaptation Complète Sans Interférences Entre Composantes
Lorsque trop de qualités physiques sont entraînées simultanément à haute intensité, des phénomènes d'interférence se produisent. L'entraînement de force maximal peut inhiber les adaptations aérobies, tandis que les volumes élevés d'endurance peuvent compromettre les gains de puissance. La périodisation séquence intelligemment ces développements pour minimiser ces interférences (10).
9. Planification Optimale des Compétitions Majeures et Mineures
La structure périodisée intègre naturellement un calendrier compétitif hiérarchisé. Les compétitions mineures servent de tests et d'entraînement spécifique, sans affûtage complet, tandis que les compétitions majeures bénéficient d'un affûtage optimal. Cette approche pyramidale évite de "gaspiller" des pics de forme sur des compétitions secondaires (11).
10. Intégration Efficace du Support Scientifique
Un programme périodisé facilite l'intégration systématique des tests physiologiques, analyses biomécaniques, suivis nutritionnels et interventions psychologiques. Chaque phase de la périodisation s'accompagne de protocoles d'évaluation spécifiques permettant d'ajuster finement la progression (12).
L'Affûtage : Transition Critique de l'Entraînement à la Performance
Définition et Caractéristiques
La transition de l'entraînement vers la compétition est communément appelée affûtage (taper en anglais). Cette phase se caractérise par une réduction du volume d'entraînement et le développement de la vitesse de course spécifique. L'affûtage et la périodisation conduisent ensemble au pic de performance nécessaire pour la compétition de haut niveau et internationale (13).
Mécanismes Physiologiques de l'Affûtage
Restauration des Réserves Énergétiques
Durant l'affûtage, les réserves de glycogène musculaire augmentent de 20 à 40% par rapport aux valeurs en phase d'entraînement intense. Cette surcompensation glucidique fournit plus de carburant pour les efforts intenses. Simultanément, les stocks de phosphocréatine intramusculaire sont optimisés (14).
Récupération Neuromusculaire
La fatigue neuromusculaire accumulée durant les phases de charge se dissipe, permettant une meilleure coordination, une vitesse de contraction accrue et une puissance maximale restaurée. Des mesures par électromyographie montrent une augmentation de 8 à 15% de l'activation des unités motrices rapides après affûtage (15).
Optimisation du Système Cardiovasculaire
Contrairement à l'intuition, le VO2max ne diminue pas significativement durant l'affûtage malgré la réduction de volume. En revanche, le volume d'éjection systolique et la densité capillaire musculaire restent élevés, tandis que la fréquence cardiaque de repos diminue, indiquant une meilleure efficacité cardiovasculaire (16).
Réduction de l'Inflammation et Réparation Tissulaire
Les microtraumatismes musculaires et tendineux accumulés durant l'entraînement intensif ont le temps de se réparer complètement. Les marqueurs inflammatoires (CRP, IL-6) diminuent de 30 à 50%, et la fonction immunitaire souvent supprimée par l'entraînement intense se normalise (17).
Amélioration de la Puissance Musculaire
Un des changements les plus spectaculaires de l'affûtage concerne la puissance musculaire. Les fibres à contraction rapide récupèrent pleinement leur capacité de contraction à haute vélocité. Des études montrent des augmentations de puissance de 15 à 25% mesurées sur ergomètre durant un affûtage optimal (18).
Protocoles Pratiques d'Affûtage
Durée Optimale
La durée optimale de l'affûtage varie selon plusieurs facteurs mais se situe généralement entre 10 et 21 jours pour la plupart des nageurs compétitifs :
Affûtage court (7-10 jours) :
- Adapté aux compétitions mineures
- Nageurs junior avec capacité de récupération rapide
- Nageurs ayant accumulé moins de fatigue
Affûtage moyen (10-14 jours) :
- Configuration la plus courante
- Compétitions nationales importantes
- Équilibre optimal récupération-maintien
Affûtage long (14-21 jours) :
- Compétitions majeures (Championnats du monde, Jeux Olympiques)
- Nageurs ayant accumulé une très haute charge d'entraînement
- Athlètes plus âgés (25+ ans) avec récupération plus lente
Des affûtages dépassant 21 jours risquent un désentraînement avec perte d'adaptations aérobies et baisse de la tolérance lactique (19).
Réduction du Volume
Modèle de Réduction Progressive
La réduction du volume suit généralement un modèle exponentiel ou linéaire décroissant :
Semaine 1 de l'affûtage :
- Réduction de 20-30% du volume hebdomadaire habituel
- Maintien de toutes les zones d'intensité
- Introduction de plus de récupération entre séries
Semaine 2 de l'affûtage :
- Réduction supplémentaire de 30-40% (cumul 50-60% du volume normal)
- Augmentation de la proportion de travail spécifique course
- Récupérations complètes entre répétitions
Semaine 3 de l'affûtage (si applicable) :
- Réduction totale de 60-70% du volume normal
- Quasi-exclusivement vitesse et allure de course
- Maximisation de la fraîcheur
Maintien de l'Intensité
Principe Cardinal : L'intensité ne baisse jamais significativement durant l'affûtage
Contrairement au volume qui diminue drastiquement, l'intensité doit rester élevée pour maintenir les adaptations neuromusculaires et métaboliques. Les séances d'affûtage incluent :
- Sprint maximal : 6-10 × 15-25m départs plongés, récupération complète (3-5 minutes)
- Allure de course : 4-6 × 50m ou 3-4 × 100m à 95-100% allure compétition, récupération 3-4 minutes
- Vitesse sur-distance légère : 2-3 × 200m à 90-93% allure 200m cible, récupération 5 minutes
- Technique à haute vitesse : exercices éducatifs exécutés rapidement
Fréquence des Sessions
Réduction de la Fréquence Hebdomadaire
La fréquence des sessions peut également être légèrement réduite durant l'affûtage :
- Phase d'entraînement intense : 9-12 sessions par semaine
- Affûtage précoce (jours 1-7) : 7-9 sessions par semaine
- Affûtage tardif (jours 8-14) : 5-7 sessions par semaine
- 48h pré-compétition : 1-2 sessions très légères
Cette réduction permet une récupération psychologique en plus de la récupération physique, souvent négligée mais cruciale.
Tests Physiologiques et Monitoring
Tests de Référence par Phase
Phase de Préparation Générale
Tests visant à établir les capacités de base :
- Test de VO2max progressif sur 8-10 paliers
- Test de seuil lactique (détermination de 4 mmol/L)
- Tests anthropométriques (masse corporelle, composition corporelle)
- Évaluations de force et puissance hors eau (squat jump, CMJ, développé couché)
- Tests de flexibilité articulaire (épaules, chevilles, colonne)
Fréquence : toutes les 4-6 semaines
Phase de Préparation Spécifique
Tests orientés vers la spécificité de course :
- Tests par paliers de 4 × 200m ou 6 × 100m avec prélèvements lactiques
- Test de vitesse critique (3-4 distances progressives)
- Tests de distance par coup à vitesses variables
- Évaluation de l'économie de nage (coût énergétique par mètre)
- Tests de puissance en bassin (sprint attaché, nage contre résistance)
Fréquence : toutes les 3-4 semaines
Phase Pré-Compétitive et Affûtage
Tests minimaux pour éviter la fatigue :
- Tests de vitesse pure : 2 × 25m ou 2 × 15m maximaux avec timing précis
- Simulation de course : 1 × distance de compétition à 95-98%
- Monitoring de la récupération (HRV, questionnaires de bien-être)
- Évaluation du lactate post-effort spécifique
Fréquence : hebdomadaire, puis tous les 3-4 jours en phase finale
Marqueurs de Monitoring Quotidien
Variables Objectives
- Fréquence cardiaque au réveil (élévation de 5+ bpm = fatigue excessive)
- Variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) - diminution = stress élevé
- Masse corporelle matinale (fluctuations > 1% = hydratation problématique)
- Qualité du sommeil (durée, réveils nocturnes via questionnaire ou tracker)
- Performance sur nages d'échauffement standardisées
Variables Subjectives
- Échelle de perception de l'effort (RPE) post-séance
- Questionnaires de récupération (échelle TQR, questionnaire POMS)
- Sensation musculaire (courbatures, raideurs)
- État psychologique (motivation, anxiété, confiance)
- Appétit et digestion
Protocoles de Tests Spécifiques
Test de Lactate par Paliers
Protocole classique pour déterminer les zones d'entraînement :
- Échauffement : 800-1000m progressif
- Palier 1 : 200m à 70% de l'allure compétition cible, prélèvement lactate après 30 secondes
- Repos : 45 secondes
- Palier 2 : 200m à 75%, prélèvement
- Repos : 45 secondes
- Palier 3 : 200m à 80%, prélèvement
- Continuer par paliers de 5% jusqu'à épuisement ou 95% allure compétition
- Tracer la courbe lactate/vitesse pour identifier les seuils
Test de Vitesse Critique
Détermine la frontière entre domaines aérobie et anaérobie :
- Échauffement complet
- Nage 1 : 400m maximal chronométré
- Repos : 30-45 minutes
- Nage 2 : 200m maximal chronométré
- Repos : 30-45 minutes (ou jour suivant)
- Nage 3 : 100m maximal chronométré
- Calcul de la pente distance/temps = vitesse critique
Test de Puissance Anaérobie (Wingate Natation)
Évalue la capacité anaérobie maximale :
- Échauffement : 600m avec accélérations progressives
- Test : 30 secondes nage maximale (généralement 25m répétés)
- Mesure : distance totale parcourue en 30 secondes
- Prélèvement lactate à 3, 5, 7 minutes post-test
- Pic de puissance et maintien de puissance calculés
Planification Annuelle Type pour Nageur Élite
Macrocycle Simple Pic (Championnats Nationaux)
Septembre-Octobre (8 semaines) : Préparation Générale 1
Objectifs : reconstruction après pause, base aérobie, renforcement musculaire
- Volume : 35-45 km/semaine
- Distribution : 75% aérobie faible, 20% aérobie modéré, 5% vitesse
- Musculation : 3 sessions/semaine, hypertrophie générale
- Tests : mensuels, établissement références
Novembre-Décembre (8 semaines) : Préparation Générale 2
Objectifs : maximisation capacité aérobie, développement lactique de base
- Volume : 45-60 km/semaine (pic de volume)
- Distribution : 60% aérobie, 25% seuil lactique, 15% haute intensité/vitesse
- Musculation : 3 sessions/semaine, force maximale
- Compétitions : 1-2 meetings mineurs sans affûtage
Janvier-Février (6 semaines) : Préparation Spécifique
Objectifs : tolérance lactique, spécificité de course, puissance
- Volume : 40-50 km/semaine (réduction 15-20%)
- Distribution : 40% aérobie, 30% lactique, 30% spécifique course/vitesse
- Musculation : 2 sessions/semaine, puissance explosive
- Tests : bi-hebdomadaires, ajustements fins
Mars (3 semaines) : Pré-Compétitif
Objectifs : affinage, simulations, préparation mentale
- Volume : 30-35 km/semaine
- Distribution : 30% aérobie léger, 20% seuil, 50% spécifique/vitesse
- Musculation : 1 session/semaine, maintien
- Compétitions : 1 meeting qualification
Avril (2 semaines) : Affûtage
Objectifs : pic de forme, fraîcheur maximale
- Volume : 15-20 km/semaine
- Distribution : 20% aérobie récupération, 80% vitesse/spécifique
- Musculation : suspendue 10 jours pré-compétition
- Compétition Cible : Championnats Nationaux
Mai (2-3 semaines) : Transition
Récupération active, régénération mentale et physique
Macrocycle Double Pic (Sélections + Championnats Internationaux)
Phase 1 : Octobre-Mars (identique au modèle simple pic)
Avril : Premier Pic (Sélections Nationales)
- Affûtage modéré de 10-12 jours
- Réduction volume de 40-50% seulement
- Maintien intensité élevée
Mai (4 semaines) : Rebond Post-Compétitif
- Semaine 1 : récupération active, volume très réduit
- Semaines 2-4 : reconstruction, volume moyen 35-45 km
- Distribution : 50% aérobie, 30% lactique, 20% vitesse
- Ré-intensification progressive
Juin-Juillet (6 semaines) : Préparation Spécifique Finale
- Volume : 35-45 km/semaine (inférieur au pic initial)
- Distribution : 35% aérobie, 30% lactique, 35% spécifique/vitesse
- Simulations de course hebdomadaires
- Peaufinage technique à haute vitesse
Août (2-3 semaines) : Affûtage Majeur
- Affûtage complet de 14-18 jours
- Réduction volume de 60-70%
- Intensité maximale maintenue
- Compétition Cible : Championnats du Monde ou Jeux Olympiques
Individualisation de la Périodisation
Facteurs Déterminant l'Individualisation
Âge et Maturité
Les nageurs juniors (14-18 ans) nécessitent des périodes de récupération plus courtes mais des phases de développement aérobie plus longues. Les nageurs seniors (25+ ans) bénéficient d'affûtages plus longs et de microcycles avec plus de récupération intégrée.
Spécialité de Distance
- Sprinters (50-100m) : périodisation plus orientée puissance, affûtages courts
- Demi-fond (200-400m) : périodisation équilibrée, affûtages moyens
- Fond (800-1500m) : périodisation orientée endurance, peuvent tolérer affûtages courts
Historique d'Entraînement
Un nageur avec 8-10 ans d'entraînement structuré tolère des charges et des affûtages différents d'un nageur avec 3-4 ans d'expérience. L'adaptation aux protocoles de périodisation se développe avec les années.
Génétique et Typologie Musculaire
Les nageurs à prédominance de fibres rapides récupèrent différemment et répondent mieux aux affûtages courts avec haute intensité. Ceux à prédominance de fibres lentes tolèrent mieux les volumes élevés et peuvent nécessiter des affûtages plus longs.
Ajustements en Cours de Saison
Signes Nécessitant Réduction de Charge
- Baisse de performance > 3% sur tests standards deux semaines consécutives
- Élévation persistante fréquence cardiaque au réveil
- Infections récurrentes ou blessures
- Troubles du sommeil chroniques
- Démotivation marquée, irritabilité
Signes Nécessitant Augmentation de Charge
- Performances en progression rapide avec récupération facile
- Tests physiologiques en plateau malgré charge constante
- Sensation de sous-stimulation systématique
- Absence de fatigue résiduelle en fin de microcycle
Nutrition et Supplémentation par Phase
Phase de Préparation Générale (Haut Volume)
Macronutriments :
- Glucides : 7-10 g/kg/jour
- Protéines : 1,6-2,0 g/kg/jour
- Lipides : 20-30% de l'apport énergétique total
Supplémentation :
- Vitamine D3 : 2000-4000 UI/jour
- Oméga-3 : 2-3 g/jour (EPA+DHA)
- Fer (si déficitaire) : selon prescription
- Probiotiques : pour santé intestinale et immunité
Phase Spécifique et Pré-Compétitive (Haute Intensité)
Macronutriments :
- Glucides : 6-8 g/kg/jour (légère réduction avec volume)
- Protéines : 1,8-2,2 g/kg/jour (augmentation pour récupération)
- Lipides : 25-35% de l'apport énergétique
Supplémentation :
- Créatine monohydrate : 3-5 g/jour
- Bêta-alanine : 4-6 g/jour (programmes 8-12 semaines)
- Caféine : tests d'optimisation de dosage (3-6 mg/kg)
- Jus de betterave : 500 ml/jour (nitrates pour puissance)
Phase d'Affûtage
Macronutriments :
- Glucides : augmentation à 8-12 g/kg/jour (surcharge glucidique)
- Protéines : maintien à 1,8-2,0 g/kg/jour
- Lipides : réduction à 20-25% pour favoriser glucides
Supplémentation :
- Bicarbonate de sodium : tests 7-10 jours pré-compétition (0,3 g/kg)
- Caféine : protocole optimisé pour jour de course
- Créatine : maintien si utilisée précédemment
- Électrolytes : hydratation optimale
Aspects Psychologiques de la Périodisation
Périodisation Mentale
La préparation psychologique doit être périodisée au même titre que l'entraînement physique :
Phase de Préparation
- Développement de la motivation intrinsèque
- Établissement d'objectifs à long terme
- Travail sur la confiance en soi générale
Phase Spécifique
- Visualisation de performances spécifiques
- Gestion de l'anxiété pré-compétitive
- Routines pré-course établies et répétées
Phase de Compétition
- Activation optimale (ni trop tendu, ni trop détendu)
- Focus attentionnel sur signaux pertinents
- Gestion des distractions et pression
Prévention du Burnout
La périodisation correcte inclut des phases de régénération mentale :
- Périodes de transition avec activités variées (autres sports, loisirs)
- Micro-pauses durant les phases intenses (journée complète off toutes les 2-3 semaines)
- Variation des contenus d'entraînement pour maintenir l'engagement
- Communication ouverte sur la charge mentale perçue

Références
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- Neary, J.P., Martin, T.P., & Quinney, H.A. (2003). "Effects of taper on endurance cycling capacity and single muscle fiber properties." Medicine and Science in Sports and Exercise, 35(11), 1875-1881. DOI: 10.1249/01.MSS.0000093617.28237.1E
Lexique
- Affûtage (Taper) : Réduction progressive et planifiée du volume d'entraînement (40-70%) avec maintien de l'intensité durant 1-3 semaines pré-compétition pour optimiser la performance.
- Charge d'entraînement : Quantification du stress imposé à l'organisme, combinant volume (quantité), intensité (qualité) et fréquence des sessions. Mesurée par charge externe (km, heures) et interne (RPE, lactate).
- Compétition majeure : Objectif principal de la saison nécessitant un affûtage complet et une périodisation spécifique (Championnats nationaux, internationaux, Jeux Olympiques).
- Compétition mineure : Compétition secondaire utilisée comme test ou entraînement spécifique, sans affûtage complet, intégrée dans les phases de préparation.
- Désentraînement : Perte partielle ou totale d'adaptations physiologiques acquises par l'entraînement, survenant après arrêt ou réduction excessive de la charge. Détectable après 2-3 semaines d'inactivité.
- Fatigue résiduelle : Accumulation de fatigue persistant au-delà de la récupération immédiate post-session, résultant de charges d'entraînement élevées sur plusieurs jours/semaines.
- Interférence d'entraînement : Phénomène où le développement simultané de qualités physiques opposées (force maximale vs endurance) compromet les gains dans l'une ou les deux qualités.
- Macrocycle : Plus grande unité de périodisation, généralement l'année complète d'entraînement (6-12 mois), structurée pour atteindre un ou plusieurs pics de performance.
- Maintenance : Volume minimal d'entraînement d'une qualité physique (généralement 10-30% du volume de développement) permettant de préserver les adaptations sans progression.
- Mésocycle : Unité intermédiaire de périodisation de 3-6 semaines, ciblant le développement d'une qualité physique spécifique (capacité aérobie, tolérance lactique, puissance).
- Microcycle : Plus petite unité de périodisation, généralement hebdomadaire, alternant jours de charge élevée, moyenne et faible pour optimiser récupération-adaptation.
- Monitoring : Surveillance systématique de marqueurs physiologiques, biochimiques et psychologiques pour évaluer l'adaptation à l'entraînement et prévenir le surentraînement.
- Overreaching fonctionnel : Intensification temporaire et planifiée de la charge d'entraînement (1-3 semaines) induisant fatigue et baisse de performance, suivie de surcompensation après récupération.
- Périodisation : Division systématique du plan d'entraînement annuel en phases progressives et spécifiques, optimisant le développement des qualités physiques et le pic de performance.
- Périodisation linéaire : Modèle classique progressant séquentiellement de l'entraînement général à haute volume vers le spécifique à haute intensité.
- Périodisation ondulante : Modèle alternant fréquemment (hebdomadaire ou quotidienne) les contenus et intensités d'entraînement, permettant récupération sélective et réduction de la monotonie.
- Phase de compétition : Période finale de 2-6 semaines incluant affûtage et compétitions majeures, volume minimal et intensité spécifique maximale.
- Phase de préparation générale : Période initiale de 8-16 semaines post-transition, axée sur reconstruction de base aérobie, force générale et volume élevé.
- Phase de préparation spécifique : Période de 6-12 semaines augmentant progressivement la spécificité de course, intensité et puissance, réduisant légèrement le volume.
- Phase pré-compétitive : Période de 3-6 semaines précédant l'affûtage, maximisant spécificité de course, simulations et travail de vitesse à volume modéré.
- Phase de transition : Période de récupération active de 2-4 semaines post-saison, volume très réduit, activités variées pour régénération physique et mentale.
- Pic de performance : État optimal temporaire (7-14 jours) où toutes les capacités physiques, techniques et mentales convergent pour la performance maximale en compétition.
- Récupération : Processus de restauration de l'homéostasie physiologique post-entraînement, incluant réparation tissulaire, reconstitution énergétique et adaptation neurale.
- Spécificité : Principe selon lequel les adaptations sont spécifiques au type d'entraînement. Plus l'entraînement ressemble à la compétition, plus le transfert de performance est direct.
- Stimulus d'entraînement : Charge ou stress imposé dépassant le niveau habituel d'homéostase, déclenchant des adaptations physiologiques compensatoires.
- Surcharge progressive : Augmentation graduelle et planifiée de la charge d'entraînement (volume, intensité, fréquence) pour stimuler adaptations continues sans surentraînement.
- Surcompensation : Réponse adaptative du corps dépassant le niveau de capacité initial après cycle surcharge-récupération, permettant amélioration de performance.
- Surentraînement (Overtraining) : État de fatigue chronique et baisse prolongée de performance (semaines/mois) résultant d'un déséquilibre charge-récupération, nécessitant repos prolongé.
- Tests physiologiques : Évaluations standardisées (lactate, VO2, puissance) effectuées périodiquement pour quantifier adaptations, ajuster zones d'entraînement et suivre progression.
- Volume d'entraînement : Quantité totale de travail effectué, généralement mesurée en kilomètres par semaine en natation. Variable principale de manipulation en périodisation.
- Zone d'entraînement : Plage d'intensité spécifique ciblant un système énergétique particulier, définie par vitesse, fréquence cardiaque, lactate ou perception d'effort.
Training and testing of competitive swimmers
Two of the most common features of training programs of swimmers competitive are the periodization of training volume and intensity and the transition from training to racing.
A periodized training and tapering program is based on the principle of overload—recovery—peaking.
This principle forms the basis of preparing swimming training programs with the aim of increasing the level of competitive performance.
A fundamental principle of preparing athletes is that periodization and tapering applies equally to all the different aspects of fitness, such as endurance, speed, strength, flexibility, and power. The training program must provide an overload (stimulus) to force the body to adapt to a previously unencountered level of stress. After sufficient application of the stimulus (in terms of magnitude and frequency), a period of recovery and regeneration will allow residual fatigue to dissipate. If the processes of overload and recovery are managed correctly a period of super compensation will occur so that performance is elevated to a higher level for important competitions.
Periodization can be defined as the division of the annual training plan into smaller and more manage- able phases of training. This approach permits one aspect of fitness to be the focus of training, white maintaining the development of other aspects. In essence a periodized training program is really about being an organized and systematic coach. The transition from training to racing is commonly referred to as the taper and is characterized by a reduction in the volume of training and the development of race speed. Both periodization and the taper lead to the peaking of performance necessary for high-level and international competition.
From a physiological viewpoint, there are several reasons for a periodized and balanced training program leading up to major competition :
- A higher training load without excessive fatigue.
- Faster recovery and regeneration.
- Maintaining performances close to their maximum for a long period of time.
- Correct peaking for the major competition of the year.
- Maintaining a basic level of fitness over a long period of training (or even a period of reduced training).
- A greater degree of specificity for individual events.
- A more efficient and effective taper (and supercompensation) process.
- More complete adaptation to training without two or three parts of the program interfering with each other when trained concurrently.
- Better planning for both major and minor competitions.
- More effective integration of sports science support with the training program.