D'abord, pour flotter, l'être humain doit maintenir une quantité d'air significative dans ses poumons. Ensuite, la position allongée, le plus souvent sur le ventre, en équilibre aquatique, implique que les voies respiratoires sont immergées la plupart du temps. Cela oblige le nageur à choisir des moments précis pour inspirer, en coordination avec les mouvements de son corps et sa rééquilibration. Enfin, les impératifs de la propulsion imposent également une adaptation respiratoire.
Différences entre la respiration du débutant et de l'expert
Le nageur débutant a tendance à garder sa tête hors de l'eau, conservant ainsi ses schémas respiratoires habituels. Sa respiration est innée et réflexe, peu contrainte par l'environnement aquatique, avec une phase inspiratoire plus active que l'expiration, et des temps non coordonnés aux mouvements.
À l'inverse, la respiration du nageur expert est une compétence acquise, devenue réflexe mais contrôlée. La présence de l'eau allonge la phase expiratoire, qui devient très longue et active, tandis que l'inspiration est brève. Ces deux phases sont totalement coordonnées aux actions motrices. Il est crucial de noter que la différence ne réside pas seulement dans le niveau de compétence, mais aussi dans le niveau d'activité : la respiration d'un coureur en action n'est pas comparable à celle d'un nageur débutant.
La distinction fondamentale entre la respiration terrestre et aquatique réside dans l'inversion des phases actives. En milieu aérien, l'inspiration est active et l'expiration passive. Dans l'eau, la résistance de l'eau impose une expiration active, souvent forcée. Pour le nageur en action, l'inspiration et l'expiration sont toutes deux des processus actifs, comme pour un coureur en plein effort.
L'interdépendance respiration-flottaison
La flottaison est directement liée à la quantité d'air conservée dans les poumons, même pendant l'expiration. Plus un nageur est rapide et sa flottabilité naturelle est bonne, moins cette relation est critique. Cependant, pour un nageur plus lent ou dont la flottabilité est moindre, les principes de l'équilibre statique deviennent primordiaux. Dans ce cas, une apnée inspiratoire prolongée pendant la majeure partie du cycle de nage peut améliorer significativement la flottabilité, avec une expiration juste avant l'inspiration suivante. Cette solution est extrême mais peut être observée, par exemple, lors d'un sprint court (25 m) où l'apnée est possible, car elle optimise la flottabilité par rapport à une apnée intermédiaire ou expiratoire.
La respiration et l'équilibre en mouvement
La recherche de l'équilibre aquatique idéal amène le nageur à s'immerger à l'horizontale, ce qui, sauf en dos, entraîne l'immersion des voies respiratoires. La durée de l'équilibre ventral est alors limitée par la capacité à maintenir l'apnée, car une inspiration entraîne inévitablement une bascule ou une rotation de la tête, perturbant provisoirement l'équilibre. C'est une contradiction à résoudre : inspirer pour maintenir l'effort, mais l'inspiration désorganise l'équilibre. Cela soulève le problème de l'équilibration, c'est-à-dire la capacité à rétablir l'équilibre après chaque perturbation.
Le nageur expert gère sa respiration de manière optimale. Le nombre d'inspirations est calculé pour apporter suffisamment d'oxygène aux muscles et minimiser le déséquilibre corporel. Chaque cycle respiratoire doit être d'une grande efficacité, avec une inspiration aussi complète que possible. En milieu aquatique, l'expiration est longue et complète, souvent forcée, et l'inspiration doit s'adapter activement en conséquence.
Synchronisation respiration-propulsion
La relation entre la respiration et la propulsion en natation est double : elle concerne le placement spatial et le placement temporel des phases respiratoires.
Il est notable que l'inspiration se produit généralement à la fin d'un trajet moteur de bras, quelle que soit la nage. Pour le papillon, par exemple, l'inspiration se fait à la fin de la poussée des bras et avant leur retour. Cela s'explique par une meilleure efficacité des muscles inspiratoires pendant un temps mort moteur et une position du corps plus haute, favorisée par la poussée des bras et des jambes, permettant une meilleure sortie de la tête.
Dans le crawl, une nage alternée, ce principe reste valide : l'inspiration se réalise à la fin de l'action motrice d'un bras, tandis que l'autre est à l'opposé. La tête effectue une rotation longitudinale pour que seuls les orifices respiratoires émergent, minimisant ainsi la résistance à l'avancement et la surface de maître-couple. Il est fréquent d'observer que relever excessivement la tête pour inspirer peut générer de fortes résistances à l'avancement.
Alors que dans les nages simultanées (comme le papillon), la respiration est souvent dans l'axe du déplacement, dans les nages alternées, l'inspiration se fait sur la poussée d'un bras. À l'entraînement, il est pertinent de développer la symétrie inspiratoire, c'est-à-dire la capacité à inspirer indifféremment sur la poussée de l'un ou l'autre bras. Le placement de l'inspiration a un impact réel sur la propulsion. Un nageur qui prolonge sa phase inspiratoire peut se retrouver en décalage par rapport à la coordination des bras. La pertinence de ce décalage dépend du compromis entre les inconvénients qu'il génère et les avantages de l'apport en oxygène.
Respiration et gestion de l'énergie
La respiration en natation est indissociable de la gestion énergétique de la performance. Deux scénarios opposés peuvent se présenter :
- Efforts en capacité aérobique : Lorsque l'apport respiratoire suffit à la dépense énergétique. Ici, il est essentiel de privilégier un équilibre respiratoire, même si cela implique des solutions asymétriques (par exemple, respirer tous les deux passages de bras).
- Efforts intenses ou sprints prolongés : Où une dette d'oxygène peut être contractée. Dans certaines de ces situations, une apnée peut se justifier. Par exemple, un nageur sprintant sur 25 mètres et sachant qu'il pourra récupérer entièrement à la fin de l'effort, aura intérêt à bloquer sa respiration. Cela stabilise sa cage thoracique et améliore l'efficacité de ses actions propulsives.
- Apnée : Suspension volontaire de la respiration.
- Apnée inspiratoire : Apnée maintenue après une inspiration.
- Coordination : L'harmonisation des mouvements respiratoires avec les mouvements propulsifs.
- Dette d'oxygène : Déficit d'oxygène dans l'organisme lors d'un effort intense, compensé après l'effort.
- Équilibration : Processus de rétablissement de l'équilibre après une perturbation.
- Équilibre aquatique : Capacité à maintenir une position stable et contrôlée dans l'eau.
- Maître-couple : La section la plus grande du corps perpendiculaire à la direction du mouvement, générant de la résistance.
- Propulsion : La force qui pousse le corps en avant dans l'eau, générée par les mouvements des bras et des jambes.
- Rééquilibration : L'action de rétablir ou de maintenir l'équilibre suite à un mouvement.
- Résistance à l'avancement : Force opposée au mouvement du nageur dans l'eau.
- Symétrie inspiratoire : La capacité à respirer des deux côtés du corps (en nage alternée).